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À MULHOUSE, LA GAUCHE NE SE DÉCRÈTE PAS, ELLE SE DÉMONTRE !
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La lecture du récent article (https://www.lalsace.fr/politique/2026/10/16/demissions-batailles-d-ego-gauche-fracturee-un-debut-de-mandat-agite-au-conseil-municipal ) consacré aux turbulences du conseil municipal de Mulhouse pourrait laisser croire que la politique locale se résume désormais à une succession de démissions, de susceptibilités contrariées et de rivalités personnelles. Cette manière de raconter la vie politique présente toutefois un inconvénient majeur : elle substitue la psychologie des individus à l’analyse des orientations politiques. À force de commenter les ambitions des uns, les déceptions des autres et les hypothétiques recompositions à venir, on finit par oublier ce qui devrait constituer l’essentiel du débat démocratique : les intérêts sociaux que représentent les différentes forces politiques et les conséquences matérielles de leurs décisions. Car les désaccords ne relèvent pas nécessairement de simples « batailles d’ego ». Ils peuvent aussi traduire des divergences profondes sur la conception de l’action publique, la redistribution des richesses, les services municipaux ou la place accordée aux classes populaires. Le départ de Joseph Simeoni du conseil municipal ne saurait ainsi être ramené à la frustration d’un candidat ou à l’usure d’un élu d’opposition. Son engagement communiste s’inscrit dans une histoire politique et sociale dont Mulhouse porte encore profondément l’empreinte. Ville ouvrière, industrielle, façonnée par les luttes du travail et les solidarités populaires, Mulhouse ne peut être pensée uniquement comme un territoire de compétition électorale. Il serait d’ailleurs assez paradoxal de réduire les fractures politiques actuelles à des querelles de personnes au moment même où se posent des questions aussi fondamentales que le financement des centres socioculturels, le maintien des subventions associatives ou les orientations budgétaires de la nouvelle majorité municipale. Ces questions ne relèvent pas des tempéraments individuels : elles relèvent de choix politiques qui affectent directement la vie quotidienne des habitants.
C’est également sous cet angle qu’il convient d’examiner le parcours d’Annouar Sassi et sa revendication actuelle d’une appartenance à la gauche. L’article rappelle plusieurs engagements politiques qui méritent davantage qu’une explication circonstancielle : sa présence sur une liste soutenue par la majorité macroniste aux municipales de 2020, sa candidature sur la liste régionale conduite par Brigitte Klinkert en 2021, ainsi que les responsabilités qui lui sont attribuées au sein du MoDem, notamment une vice-présidence territoriale annoncée en mars 2024. Il ne s’agit pas de contester à quiconque le droit de modifier ses convictions. La politique serait bien pauvre si les individus étaient condamnés à demeurer éternellement prisonniers de leurs engagements passés. Mais une évolution idéologique ne saurait davantage se réduire à une déclaration d’intention ou à un changement de vocabulaire. Elle suppose une clarification des désaccords avec les orientations précédemment soutenues, et surtout leur traduction dans des propositions et des actes. Le MoDem et les différentes composantes de la majorité présidentielle ont participé à une orientation gouvernementale dont les choix économiques et sociaux sont précisément contestés par les communistes : réformes des retraites, transformation de l’assurance chômage, réduction de certaines dépenses publiques et primauté accordée aux mécanismes du marché. Dès lors, la question n’est pas de savoir si Annouar Sassi peut se présenter comme un homme de gauche, mais de comprendre ce que cette affirmation recouvre politiquement. Quelles ruptures revendique-t-il avec les orientations de la majorité présidentielle ? Quelle conception défend-il de la redistribution, de la propriété publique, de la fiscalité et des services collectifs ? Sur quels engagements concrets repose son positionnement ? La proximité revendiquée avec les quartiers populaires ne répond pas, à elle seule, à ces interrogations…On peut connaître les difficultés d’un territoire, y être présent quotidiennement et entretenir des relations sincères avec ses habitants sans pour autant défendre un programme de transformation sociale. L’ancrage local est une manière de pratiquer la politique ; il ne constitue pas en lui-même une doctrine économique et sociale. C’est précisément cette distinction qu’il importe de rétablir, plutôt que de considérer que toutes les forces se réclamant aujourd’hui de la gauche partageraient nécessairement les mêmes orientations.
Cette clarification est d’autant plus nécessaire que les difficultés sociales de Mulhouse exigent autre chose qu’une compétition pour la représentation symbolique des quartiers populaires. Les habitants ne constituent pas une catégorie électorale homogène que l’on pourrait s’approprier par la seule invocation de la proximité, de l’écoute ou de la participation. Ils sont salariés, ouvriers, employés, agents publics, travailleurs précaires, retraités, étudiants, privés d’emploi ; ils vivent dans des quartiers différents, mais peuvent rencontrer les mêmes contraintes économiques et sociales. La question de classe ne disparaît pas derrière les frontières administratives des quartiers, pas davantage qu’elle ne se résout par la multiplication des dispositifs de concertation. Lorsque les revenus ne permettent plus de faire face aux dépenses contraintes, lorsque les services publics deviennent moins accessibles, lorsque les associations doivent consacrer une part croissante de leur énergie à rechercher des financements pour maintenir leurs activités, ce sont les conditions concrètes de l’existence collective qui se trouvent dégradées. Les centres socioculturels, les équipements sportifs, les bibliothèques, les structures d’éducation populaire et les associations de proximité ne sont pas de simples prestations facultatives dont on pourrait mesurer l’utilité à leur seule rentabilité comptable. Ils constituent des lieux de socialisation, d’émancipation et d’accès effectif à des droits que les inégalités économiques rendent autrement difficiles à exercer. Une politique municipale se juge donc aussi à la manière dont elle répartit ses moyens, dont elle protège les services collectifs et dont elle assume ses responsabilités envers les habitants les moins favorisés. Nous serons attentifs aux arbitrages budgétaires de la majorité municipale, mais également aux positions défendues par les différents groupes d’opposition, car les déclarations de principe ne sauraient dispenser personne de rendre compte de ses votes. Il ne suffira pas de dénoncer abstraitement les inégalités tout en acceptant, au détour d’une délibération, des décisions susceptibles de les aggraver. Il faudra examiner les budgets, les priorités retenues, les moyens effectivement engagés et les conséquences sociales des politiques publiques. C’est à cette épreuve concrète que doivent être confrontées les différentes orientations politiques, indépendamment des étiquettes revendiquées.
Pour les communistes du Haut-Rhin, la situation actuelle appelle donc moins une nouvelle séquence de commentaires sur les ambitions personnelles qu’un véritable travail de clarification et de reconstruction politique. L’unité de la gauche, suppose un accord sur des orientations suffisamment précises pour permettre aux citoyens de comprendre ce qui distingue réellement un projet de transformation sociale d’une simple alternance dans la gestion municipale. Cette exigence n’interdit ni le dialogue ni les convergences ponctuelles ; elle impose simplement de ne pas confondre un vote commun, une proximité de circonstance ou une stratégie électorale avec l’existence d’un projet politique partagé. Les parcours individuels peuvent évoluer, les alliances peuvent se discuter, mais les contradictions économiques et sociales auxquelles sont confrontés les Mulhousiens ne disparaîtront pas à la faveur d’une recomposition des groupes au conseil municipal. C’est pourquoi notre attention restera tournée vers les politiques publiques, particulièrement celles qui concernent les populations les plus modestes, le monde du travail, les associations, les services municipaux et l’accès aux droits fondamentaux. Nous continuerons à défendre une conception de la politique qui ne considère pas la solidarité comme une dépense résiduelle, ni les services publics comme une variable d’ajustement budgétaire, mais comme des instruments essentiels de l’égalité réelle. Nous continuerons également à demander que les choix municipaux soient débattus publiquement, sur la base de leurs conséquences sociales et non des seules intentions affichées par leurs auteurs. La gauche ne saurait se définir exclusivement par ceux qui prétendent l’incarner, pas plus que son unité ne saurait constituer une fin en soi. Ce qui importe, au fond, c’est le contenu des politiques proposées, les intérêts qu’elles servent et les transformations qu’elles rendent possibles…
Si l’article de l’Alsace a le mérite de pointer les les fragilités de la majorité municipale et de mettre au jour l’opportunisme d’A Sassi, le point de vue du PCF 68, en dessine les moteurs de classe et invite à porter des combats d’émancipation quand la droite veut réduire la vie locale à un jeu de rôle .