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MULHOUSE : DERRIÈRE LES VIOLENCES, UNE COLÈRE SOCIALE ET POLITIQUE QU’IL FAUT ENTENDRE
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Samedi 17 octobre, près de 1 500 personnes se sont rassemblées à Mulhouse, dans le cadre d’une mobilisation nationale contre la vie chère et la dégradation des conditions d’existence. Une journée marquée par des débordements qui ont largement occupé l’espace médiatique, au risque de faire disparaître l’essentiel : les raisons profondes d’une colère sociale qui ne cesse de grandir.
Il serait commode de ne retenir de cette journée que les vitrines brisées, les affrontements et les dégradations. Commode, surtout, pour ceux qui préfèrent commenter les conséquences de la colère plutôt que d’en interroger les causes. Car derrière les images spectaculaires, il y avait d’abord des lycéens, des étudiants, des salariés, des retraités, des citoyens venus exprimer une inquiétude commune : celle de ne plus pouvoir vivre dignement de son travail, de voir les services publics disparaître et de constater que les sacrifices sont toujours exigés des mêmes. Les violences commises par certains groupes ne sauraient être confondues avec les aspirations de l’ensemble des manifestants. Les condamner n’oblige nullement à disqualifier une mobilisation dont les revendications demeurent parfaitement légitimes.
Cette colère n’est ni spontanée ni dépourvue de conscience politique. Elle s’enracine dans des années de politiques d’austérité, de stagnation salariale, de précarisation du travail et de recul des services publics. Lorsque les jeunes dénoncent le manque de moyens dans leurs établissements, lorsque les salariés réclament des salaires permettant de vivre, lorsque les retraités refusent de devenir les variables d’ajustement des budgets publics, ils ne formulent pas une addition de mécontentements individuels. Ils interrogent, chacun à leur manière, les choix économiques d’un système qui organise la concentration des richesses tout en imposant la modération au monde du travail. Il y a là une contradiction fondamentale : jamais notre société n’a produit autant de richesses, et pourtant une part croissante de la population éprouve des difficultés à satisfaire ses besoins les plus élémentaires.
À Mulhouse, cette situation prend une dimension particulière. Dans une ville populaire, marquée par les difficultés sociales, les incertitudes industrielles et les inégalités territoriales, la question du pouvoir d’achat ne peut être séparée de celle de l’emploi, du logement, de l’école ou des transports. La colère qui s’exprime aujourd’hui est aussi le produit d’un sentiment de dépossession démocratique : celui de citoyens qui ont le sentiment de ne plus peser sur les décisions qui déterminent leur existence. Mais la colère, aussi légitime soit-elle, ne constitue pas à elle seule un projet politique. Les destructions ne remplacent ni les revendications ni l’organisation collective. Et c’est précisément tout l’enjeu pour les forces progressistes, syndicales et communistes : permettre à cette contestation de se transformer en un rapport de force durable, capable d’arracher des conquêtes sociales.
Pour les communistes du Haut-Rhin, la réponse ne peut donc se limiter au maintien de l’ordre ni à quelques déclarations indignées. Elle doit porter sur les causes mêmes de cette mobilisation : augmentation des salaires, défense de l’école et de l’hôpital publics, gratuité des transports, protection de l’emploi industriel, justice fiscale et reconquête démocratique des grands choix économiques. Il ne s’agit ni d’idéaliser la colère ni de la condamner en bloc, mais de lui donner des perspectives d’émancipation collective. Car la véritable question, au lendemain de cette manifestation, n’est pas seulement de savoir comment éviter de nouvelles violences. Elle est de savoir combien de temps encore les responsables politiques pourront ignorer les revendications de celles et ceux qui, pacifiquement et massivement, réclament simplement de pouvoir vivre dignement. Une vitrine brisée se remplace. Une société qui renonce à entendre sa jeunesse, ses travailleurs et ses classes populaires prépare des fractures autrement plus profondes…
Cette colère ne doit pas rester sans lendemain. Elle doit désormais trouver son prolongement dans l’organisation collective, dans les entreprises, les établissements scolaires, les services publics… C’est tout le sens de l’appel intersyndical et interprofessionnel à la grève et à la manifestation du 5 novembre. Salariés, jeunes, retraités, privés d’emploi : nos revendications se rejoignent parce que nos intérêts sont communs. Le 5 novembre, poursuivons et amplifions la mobilisation. Tous ensemble, faisons entendre la voix du monde du travail !
Tous ensemble le 5 novembre ✊