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Mulhouse : quand l’ordre public devient la réponse à la question sociale
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Il y a quelque chose de politiquement révélateur dans la décision de la municipalité mulhousienne d’interdire, à partir du 23 octobre, la circulation des mineurs non accompagnés dans une partie du centre-ville, entre 21 heures et 6 heures. À la suite des violences survenues en marge des mobilisations du 17 octobre, la réponse institutionnelle prend ainsi la forme d’une restriction collective de liberté. Naturellement, les dégradations et les violences ne sauraient être justifiées au nom de la colère sociale. Elles portent d’ailleurs préjudice aux mobilisations et détournent l’attention des revendications qui les animent. Mais reconnaître cette évidence ne dispense pas d’interroger la logique politique qui conduit à transformer des comportements individuels en problème collectif de sécurité. De quoi parle-t-on ? De quelques individus responsables d’actes répréhensibles, ou d’une jeunesse entière dont la présence dans l’espace public deviendrait, par principe, suspecte ? La distinction est fondamentale. Le droit lui-même impose que de telles restrictions soient justifiées… Il appartient donc à la municipalité d’en démontrer concrètement la nécessité, au-delà de l’émotion légitime suscitée par les événements.
Mais le plus significatif est peut-être ailleurs ? Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics semblent disposer d’une remarquable capacité à identifier les manifestations visibles du désordre social, tout en faisant preuve d’une singulière impuissance devant les mécanismes économiques qui contribuent à le produire… On sait réglementer la présence des jeunes dans les rues ; on peine davantage à garantir à ces mêmes jeunes des conditions d’existence dignes, des établissements scolaires suffisamment dotés, des perspectives professionnelles et des services publics accessibles ! On sait déployer les instruments de l’autorité ; on hésite à mobiliser ceux de la redistribution. Ce déplacement permanent de la question sociale vers la question sécuritaire n’a pourtant rien d’une fatalité. Il résulte de choix politiques. Les communistes rappellent précisément que la sécurité ne peut être réduite à la tranquillité de l’espace public : elle suppose également la sécurité de l’emploi, du logement, de l’éducation, de l’accès aux soins et des conditions matérielles d’existence. C’est pourquoi le PCF défend notamment un plan d’urgence de dix milliards d’euros pour les lycées, l’augmentation des salaires, le développement des services publics et la création d’emplois, y compris dans une police de proximité inscrite dans une logique de prévention. Ces propositions ne prétendent évidemment pas expliquer chaque acte de violence par la seule situation économique de son auteur. Elles rappellent simplement qu’une politique publique sérieuse ne peut se satisfaire de traiter les conséquences immédiates des tensions sociales sans agir sur les conditions générales dans lesquelles elles se développent.
Il serait tout aussi préoccupant de laisser s’installer une confusion entre les mobilisations politiques de la jeunesse et les violences commises en marge de celles-ci. Les manifestations du 17 octobre ont exprimé des revendications qui méritent d’être examinées pour ce qu’elles sont : des interrogations sur le coût de la vie, l’avenir de l’éducation, les inégalités et les perspectives offertes aux nouvelles générations. Que certains aient profité de ces rassemblements pour commettre des dégradations ne saurait conduire à effacer leur contenu politique. Or c’est précisément le risque d’une séquence publique entièrement organisée autour des incidents, des interpellations et des mesures d’interdiction. La discussion sur les revendications disparaît derrière celle du maintien de l’ordre. Le PCF a d’ailleurs demandé, par la voix de Fabien Roussel, l’organisation d’une conférence sociale associant les organisations de jeunesse ainsi qu’une commission d’enquête parlementaire sur les violences et les pratiques de maintien de l’ordre. Ces deux exigences ont une cohérence : entendre les revendications et établir les responsabilités, plutôt que substituer à l’une et à l’autre une réponse exclusivement coercitive. À Mulhouse, cette exigence devrait également conduire à interroger les moyens accordés à la prévention spécialisée, aux associations, aux structures d’éducation populaire et aux services publics de proximité. Non pour opposer artificiellement prévention et sécurité, mais pour rappeler qu’elles relèvent d’une même responsabilité collective…
La municipalité pourra naturellement faire valoir son obligation de protéger les habitants, les commerçants et les mineurs eux-mêmes. Cette responsabilité est réelle et ne saurait être balayée d’un revers de main. Mais elle ne suffit pas, à elle seule, à établir que l’interdiction générale décidée constitue la réponse la plus appropriée. Quels éléments précis démontrent la nécessité de cette mesure ? Pourquoi retenir l’ensemble des mineurs non accompagnés plutôt que des situations ou des comportements clairement identifiés ? Quels moyens humains et éducatifs accompagnent cette décision ? Et surtout, quelle perspective politique est proposée à cette jeunesse une fois l’arrêté arrivé à son terme ? Ces questions ne relèvent ni de l’angélisme ni d’une quelconque complaisance envers les violences. Elles constituent au contraire les conditions d’un débat démocratique exigeant sur les libertés publiques et l’efficacité réelle de l’action municipale. Pour les communistes du Haut-Rhin, l’enjeu dépasse donc la seule durée de cet arrêté : il concerne la manière dont notre société choisit de considérer sa jeunesse !
La majorité municipale ne fait pas dans la dentelle, en stigmatisant l’ensemble des jeunes avec cette restriction des libertés, elle s’aligne sur le choix autoritaire du président Macron . Poursuivre et amplifier la mobilisation, tous ensemble ✊