Forum et débat
La parole est à vous
La politique doit redevenir une affaire collective. Un espace où l’on peut confronter les idées, raconter ce que l’on vit, exprimer un désaccord, proposer une solution et construire ensemble.
Ce forum est ouvert à toutes celles et ceux qui souhaitent participer au débat. Pas besoin d’être spécialiste ni d’avoir réponse à tout : une expérience, une question ou une idée peuvent suffire à faire avancer la discussion.
Prenez la parole. Échangeons. Construisons la suite ensemble.
Débats ouverts
Les sujets du moment
Discussion
Briand-Franklin : et si nous posions enfin les bonnes questions ?
Inscrivez-vous ou connectez-vous ci-dessous pour répondre.
Poursuivre la lecture
À lire aussi
Première participation
Créer un compte sympathisant
Déjà inscrit
Briand-Franklin : ne nous trompons pas de débat
Plus de 200 cyclistes, piétons et usagers se sont mobilisés samedi 5 septembre contre la réouverture partielle de l’avenue Briand à la circulation automobile. Cette mobilisation intervient alors que la nouvelle municipalité a décidé de rouvrir l’axe dans le sens entrant vers le centre-ville. Et déjà le débat semble devoir se résumer à l’affrontement habituel : les cyclistes contre les automobilistes, les commerçants contre les aménagements, les défenseurs de l’écologie contre ceux qui auraient besoin de leur voiture.
Refusons cette manière de poser le problème. Elle est politiquement commode parce qu’elle organise l’affrontement entre des habitants qui, pour l’essentiel, subissent les mêmes contraintes.
Celui qui prend sa voiture pour aller travailler à vingt kilomètres de Mulhouse n’est pas nécessairement un adversaire de l’écologie. Celle qui demande une piste cyclable sécurisée n’est pas l’ennemie du commerce de proximité. Le salarié en horaires décalés, la personne âgée, la famille avec des enfants, le cycliste, le piéton ou l’usager du tram n’ont pas à être dressés les uns contre les autres.
La véritable question est celle des moyens que nous nous donnons collectivement pour organiser autrement nos déplacements.
Réduire la dépendance à l’automobile est une nécessité. Mais une écologie populaire ne peut pas se contenter de supprimer une possibilité de déplacement en laissant chacun se débrouiller avec les conséquences. Elle doit donner les moyens matériels du changement : des transports collectifs publics plus nombreux, plus fiables et accessibles, des pistes cyclables réellement sécurisées, de meilleures connexions avec les communes périphériques et une organisation urbaine permettant de rapprocher autant que possible logement, emploi, services et commerces.
C’est une différence fondamentale. On ne demande pas aux classes populaires de s’adapter à la transition écologique : on organise la transition écologique pour qu’elle améliore leur existence.
L’affaire Briand-Franklin pose également une question sérieuse concernant l’usage de l’argent public. Un programme de développement des mobilités douces de quelque 13 millions d’euros a été engagé à Mulhouse, comprenant notamment la transformation de cet axe. À peine ces aménagements réalisés, une nouvelle majorité décide d’en modifier le fonctionnement.
Hier on ferme, aujourd’hui on rouvre. Et demain ?
Une ville ne peut pas être administrée comme une succession de coups de volant au gré des majorités. L’argent public n’appartient pas à ceux qui occupent momentanément l’hôtel de ville. Il appartient à la collectivité. Avant de modifier ce qui vient d’être réalisé, il serait donc légitime de rendre publiques les évaluations : qu’est-ce qui fonctionne ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Où la circulation s’est-elle reportée ? Quels effets réels sur la fréquentation du quartier ? Quels effets sur les commerces ?
Il faut également entendre les commerçants de Briand-Franklin qui témoignent de leurs difficultés. Mais là encore, gardons-nous des explications trop faciles. La crise du commerce de proximité n’a pas commencé avec une piste cyclable. Depuis des décennies, les petits commerces affrontent les zones commerciales périphériques, les grandes enseignes, le commerce en ligne, les loyers et la concentration économique.
Lorsque les salaires stagnent, que les dépenses contraintes augmentent et que le pouvoir d’achat se réduit, ce sont aussi les commerces des quartiers qui en paient le prix. Défendre le commerce de proximité, c’est donc également défendre les salaires, l’emploi et les services publics. Là encore, la question écologique ne peut être séparée de la question sociale.
Reste enfin la question essentielle : celle de la démocratie.
Plus de 200 personnes descendent dans la rue pour contester une décision municipale. Des commerçants expriment leurs inquiétudes. Des habitants constatent des difficultés de circulation dans certaines rues tandis que d’autres apprécient un axe devenu plus calme et plus sûr.
Tout cela ne constitue pas un problème à faire disparaître. Cela constitue précisément la matière de la politique.
La démocratie locale ne peut pas consister à consulter les habitants une fois les grandes orientations décidées. Informer n’est pas consulter. Consulter n’est pas décider. Et demander l’avis de la population sans lui donner aucune possibilité de modifier le projet finit par transformer la « démocratie participative » en exercice de communication.
Sur Briand-Franklin, une autre méthode est possible. Mettons publiquement sur la table les études, les chiffres de circulation, les conséquences économiques et les différents scénarios. Réunissons habitants, commerçants, associations cyclistes, usagers des transports collectifs, salariés et personnes à mobilité réduite. Expérimentons lorsque c’est nécessaire. Évaluons. Puis donnons réellement aux habitants la possibilité de peser sur la décision.
C’est cette conception que nous voulons porter au PCF 68 : une écologie populaire plutôt qu’une écologie de la contrainte, des services publics permettant réellement de changer nos modes de vie, une planification plutôt qu’une succession de décisions contradictoires, et une démocratie qui ne se contente pas d’écouter poliment les citoyens mais leur redonne du pouvoir.
Nous n’avons pas à choisir entre écologie et justice sociale. Nous avons besoin des deux. Nous n’avons pas à choisir entre les habitants et les commerçants. Nous devons faire vivre les quartiers. Nous n’avons pas à choisir entre cyclistes, piétons, transports collectifs et automobilistes. Nous devons construire une ville dans laquelle chacun puisse progressivement disposer d’une véritable alternative.
Briand-Franklin ne devrait donc pas devenir le théâtre d’une petite guerre entre usagers.
Pour nous, la réponse est simple:
Mulhouse appartient à celles et ceux qui y vivent, qui y travaillent et qui la font vivre. Faisons enfin la ville avec eux.